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Aux frontières du vivant

{ Enseignement }

Nous sommes à l’orée d’une crise du vivant sans précédent : dérèglement climatique, pollutions en tout genre, épuisement des ressources, effondrement de la biodiversité à tel point que l’on parle désormais d’une sixième extinction de masse. En parallèle, les biotechnologies avancent sur tous les fronts, et s’immiscent dans tous les aspects de notre vie, transformant peu à peu le vivant de manière profonde et durable, pour le meilleur et pour le pire. Certains imaginent pouvoir s’en remettre au progrès technologique pour tout résoudre, d’autres se braquent et appellent à revenir à un état de nature fantasmé. Or, ce n’est ni en nous enfonçant dans un tourbillon techno-solutionniste, ni en nous enfermant dans un néo-conservatisme radical que nous relèverons dignement ce défi inédit. Il y a dans cette situation critique une occasion unique de repenser notre place au sein des écosystèmes, notre rapport à l’altérité, humaine et non-humaine, notre manière de produire et de consommer, de nous vêtir, de nous nourrir et nous reproduire, de vivre et de mourir. L’avènement de la biologie synthétique est particulièrement intéressante à cet égard car, de la même manière que la crise écologique, elle précipite ces grandes questions et nous force à repenser nos responsabilités et notre rapport au vivant. Avec la biologie synthétique, l’information est génétique et la matière vivante mais la vie ne peut se réduire à des lignes de codes. Cette discipline n’est pas une fin en soi mais une boîte à outils extrêmement puissante qu’il s’agit d’utiliser avec précaution.






Dans ce cours, les élèves seront conduits dans les coulisses du vivant afin de leur faire découvrir ses lois et ses extravagances, les familiariser avec la logique du vivant, ses secrets de fabrication, son manuel de survie, ses innombrables particularités, ses points de tension et de fragilité, mais aussi tous les mystères qui nous résistent et nous obligent à l’humilité.  La question de l’éthique sera donc omniprésente dans ce cours qui sera le théâtre de débats et de controverses qui devront permettre à chaque élève de se forger une véritable culture en la matière pour se positionner et faire émerger des pistes de réflexion nouvelles. Car sur ce terrain encore en friche, les biotechnologies sont souvent nues, brutes de décoffrage, sans dessin et sans dessein.
        Le design, par sa capacité à incarner, à créer du sens et à opérer des croisements, peut devenir une des clés de voûtes pour renouveler notre rapport au vivant. Il s’agira donc pour les élèves d’interroger et accompagner ces transformations délicates par des scénarios permettant d’engager une réflexion critique.



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Exemples de projets réalisés par les élèves



ATMOS  | Daniel Cadot & Camille Peyrachon  |  ENSCI - Les Ateliers, 2018



Un projet qui traite des dérives de la géo-ingénierie (manipulation du climat). Ce techno-solutionnisme détourne l’attention et évite de se confronter aux causes du dérèglement climatique. Le projet montre aussi comment ce type de technologie nécessiterait de forger une idéologie pour se faire accepter et comment cela pourrait s’incarner dans de nouvelles idoles, portant aux nues les ressources nécessaires à l’ingénierie du climat, leur vouant un culte, à l’image des sociétés antiques, puisque le salut de l’humanité en dépendrait.
Random Cas 9 |  Camille Astié, Cindy Attoungbre, Raphael Maman  |  ENSAD, 2017

Un projet qui revisite la roulette russe à l’heure de la technologie Crispr-Cas9 (qui permet de modifier précisément le génome), en proposant une pilule capable de modifier aléatoirement le génome, pour produire des effets dont on ne peut savoir s’ils seront avantageux ou désastreux. Le projet déploie la propagande adéquate, jouant sur le goût du risque inhérent à l’être humain en perte de repère, ainsi que les campagnes publicitaires permettant de contrer ce fléau.

Bioqueer  | Robin Bourgeois, Claire Angelica De Carteret, Talita Otovic  |  ENSAD, 2019
Un projet qui renverse les “thérapies de conversion” des homosexuels (encore pratiquées de force dans certains pays) pour proposer des thérapies de conversion des homophobes en manipulant directement leur microbiote, faisant ainsi le pari que leur peur viscérale de la différence serait due à un déséquilibre des espèces qui composent leur microbiote, comme c’est le cas après la prise d’antibiotique. Il s’agit alors de recoloniser leur monde intérieur pour canaliser leur haine de l’autre.




La gestation par la truie  |Bérangère Brault, Léo Dumont Deslaurier, Alice Samzun  |  ENSCI - Les Ateliers, 2018
Un projet qui déplace les questions soulevées par la GPA (gestation par autrui) en introduisant la truie comme mère porteuse, substituant ainsi les problèmes liés à l’utilisation du corps humain, tout en dépliant un tableau autrement plus complexe, lié à notre rapport aux animaux et au porc en particulier, si proche et si méprisé.



Superlocal  | Maëlle Cappello, Maeva Dauriac, Robinson Haas  |  ENSAD, 2019
Un projet qui propose de nouveaux paradigmes de production écologiques en repoussant les limites du convenable et en nous mettant face à nos propres contradictions.



Jardin anatomique  | Linn Henrichson, Pierre Michaud, Marie Vialle  |  ENSAD, 2017





Un projet qui explore l’agriculture cellulaire en proposant un nouveau métier aux  agriculteurs : celui de faire pousser des végétaux sur mesure qui deviendront la matrice pour faire croître des organes humains, donnant ainsi vie au fameux tableau d’Arcimboldo.





Aperçu des prises de notes du cours (Carnet de Boris Cojean)  






Dépliant qui rassemble les réflexions menées durant le workshop
Designers infiltrés, aux frontières du vivant à l’ENSAD
(Projet d’édition de Marie Chapotat, Hélène Poiraud et Noémie Vidé)




Intervention de Oron Catts (directeur de SymbioticA) lors d’un workshop