Spectacle "Quelques secondes d'éternité"   •   Musée d'Orsay   •   24 et 25 janvier 2026                        Best Invention pour l'eco-indigo de Pili   •   Time Magazine              

Quelques secondes d’éternité

{ Création littéraire pour un spectacle au Musée d’Orsay }
        « Quelques secondes d’éternité » est un spectacle qui prend le pouls des cellules et du mystère de la vie. Dans Alice au pays des merveilles, il y a cette question délicieusement surréaliste posée par Alice « How long is forever? » Le lapin blanc ne se démonte pas et répond « Sometimes, just a second ». Les cellules auraient sans doute répondu la même chose. Elles ont la vie brève mais possèdent la mémoire de toute la vie sur Terre. Chefs d’oeuvres de l’évolution, ready-made non signés, ces minuscules musées que l’on porte en nous ouvriront grand les portes de l’Atelier du hasard et de la nécessité qui les ont forgées, il y a bientôt une éternité.
        Obéissant à une partition secrète, les cellules se plient à l’architecture du musée selon une chorégraphie intime répétée depuis la nuit des temps. Les limites cellulaires répondent aux limites planétaires et toutes les échelles se télescopent à travers “le dur désir de durer” qui habite les cellules, les êtres et jusqu’aux musées. Le temps nous est conté là où il fut jadis compté puisqu'Orsay fut une gare avant de se métamorphoser en musée, il y a de ça quarante années. C’est pour cet anniversaire qu’a été imaginée cette fable écologique et philosophique sur la vie, sa puissance et sa fragilité, et le secret de son éternité. 

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Spectacle [extraits du texte]


 J’ai vu des choses…
…. des choses dont vous n’avez pas idée…

J’ai vu le cosmos perdre pied devant de minuscules cellules
J’ai vu le temps s’écouler en sens inverse et la poussière tenir tête à l’Univers
J’ai vu la lutte entre l’ordre et le désordre
J’ai habité des palais de cuivre et de sulfure au fond des océans
J’ai vu des cellules gratte-ciel s’élever en vous
et des villes-organes croitre dans le silence de vos corps cathédrales
J’ai vu venir la vie
J’ai regardé les magiciennes d’actine repousser les frontières de nos mondes intérieurs
J’ai applaudi les bâtisseurs des firmaments corporels
J’ai vu des danseuses étoiles, et des cellules-étoiles danser pieds nus sur la Pangée
J’ai vu des mondes s’écrouler et des mondes se relever
J’ai vu le futur torpiller le passé et l’à venir reprendre espoir
J’ai marché le long des microtubules qui relient l’Orient à l’Occident des cellules
J’ai senti les molécules exercer des marées sur les corps
J’ai vu des éclipses sanguines et des orages magnétiques recommencer la vie
J’ai suivi des cellules cargo dans le noir des vaisseaux sanguins jusqu’aux cicatrices

Et je vous ai vu vous, dans la blessure du temps, penchés au-dessus de moi
Nous nous sommes vus, une seconde d’éternité, vous en souvenez-vous ?

Je passe-muraille les corps célestes et j’atterris dans la paume de vos mains.
Voyageuse intergalactique, voyeuse intra-épidermique, 
je vous parle depuis les profondeurs qui sont en vous.

Je suis la langue des cellules, celle qui bruisse et vous articule dans le noir.
Vous ne l’avez jamais entendue car elle parle trop bas et vous regardez trop haut.
Baissez les yeux vers moi et je lèverai la voix vers vous.



Les premières molécules ont été bercées dans les chairs argileuses de la Terre, et c’est dans cet utérus géochimique qu’elles puisent leurs forces. La vie doit la vie à ce surgissement interne, ce soulèvement de la matière, cette métamorphose d’un monde inerte en un monde organique où pulse un je-ne-sais-quoi.

[...]

Les cellules explorent le monde, articulent les premiers mots d’une langue moléculaire qui invente sa mélodie et sa grammaire à mesure qu’elle l’éprouve.

[...]

La pulsion de vie qui a soulevé la matière n’a jamais cessé de battre la mesure.
La pulsion est devenue pulsation.
La cellule bouche-parle, bouge-palpe.
Elle se creuse et se dédouble sans fin.

[...]

Nos cellules sont animées et comme de petits animaux, elles escaladent l’inconnu, agrippent les mamelles du vide et campent le décor dans le creuset des corps.

La cellule est un bijou de résistance forgé par la patience et la violence, façonné dans Le Ruisseau noir du hasard et de la nécessité.
Quatre milliards d’années à franchir des obstacles, apprendre, recommencer.
Beaucoup sont mortes.
Quelques-unes ont survécu à leurs propres audaces.
Nous sommes de celles-là.

La cellule a la vie brève mais en elle sommeille des milliards d’années de transgressions et de sagesse.
Rien ne dure immobile.
Tout persiste en se transformant. 

Je vous le dis car je l’ai vu : le dur désir de durer

Il y a en nous un cosmos inachevé, un monde instable toujours au bord de l’effondrement, qui ne cesse de s’auto-engendrer.
Et malgré les précipices partout autour de nous,
Désir des astres et désastre du désir.

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Captation vidéo

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Distribution

  • Direction scientifique : Manuel Théry
  • Direction artistique et mise en scène : Frédérique Aït-Touati 
  • Texte et collaboration artistique : Marie-Sarah Adenis
  • Voix et Chant : Judith Chemla
  • Direction musicale : Solrey
  • Musiques : Alexandre Desplat, Philippe Hersant, Kaija Saariaho
  • Interprètes : Traffic Quintet
  • Conception et montage video : Nadir Bouassria et Pierre Froment
  • Video mapping : ETC Onlyview



Visualisation de la projection sur la Nef du Musée d’Orsay
© Musée d'Orsay / Groupe Laps